Article commenté :
Electromagnetic field treatment protects against and reverses cognitive impairment in Alzheimer’s Disease mice
GW Arendasha, J Sanchez-Ramosc, T Morie et al.
Journal of Alzheimer’s Disease 2010;19:191–210
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Les auteurs ont exposé 96 souris à des CEM dont la fréquence et la puissance étaient équivalentes à celles correspondant chez l’homme à l’utilisation d’un téléphone portable pendant 1 heure par jour. Certaines souris étaient des souris transgéniques (Tg) porteuses de gènes humains de la maladie d’Alzheimer (MA), d’autres étaient non transgéniques (NT).
Plusieurs conditions ont été réalisées :
• Exposition chronique de souris dès leur jeune âge (2 à 2,5 mois), c’est-à-dire à un moment où il n’y a pas de signe de MA chez les souris Tg. Dans ce cas un bilan cognitif, utilisant deux paradigmes d’évaluation de la mémoire dont un proche de ceux proposés chez l’homme, était pratiqué vers 2 mois et à 9,5 mois (souris âgée).
• Exposition chronique de souris âgées (5 mois), alors qu’existent déjà des troubles de la mémoire chez les souris Tg. Un bilan cognitif était effectué à 4 mois (inclusion) puis après 2, 5 et 8 mois d’exposition à un CEM.
Sur le plan cognitif, dans le premier groupe les souris Tg avaient des performances mnésiques altérées après 6-7 mois d’exposition, ce qui ne faisait que traduire le développement de lésions de type Alzheimer. En revanche, les souris Tg exposées pendant cette période à un CEM gardaient des performances mnésiques comparables à celles des souris témoins, que ces dernières aient été ou non exposées aux CEM (figure).
Pour les souris exposées à partir de 5 mois (donc alors qu’elles étaient âgées), il n’y avait pas de bénéfice cognitif à être exposé à un CEM. Celui-ci ne permet donc pas de faire rétrocéder les dysfonctionnements du cerveau.
Sur le plan neuropathologique, chez les souris Tg, modèle de MA, sacrifiées après une exposition de 8,5 mois aux CEM, il existait en outre une réduction significative des dépôts de protéine Aβ dans le cortex entorhinal (- 32%) et l’hippocampe (- 35%), avec une augmentation des taux de Aβ1-40 et Aβ1-42 solubles. Les auteurs proposent plusieurs mécanismes : augmentation de la clairance d’Aβ du cerveau, augmentation de l’activité neuronale ou du débit sanguin cérébral. Ils se gardent de trancher comme de faire des extrapolations prématurées pour l’homme.

NT = souris non transgéniques, NT/EMF = souris NT exposés à un champ électromagnétique, Tg = souris transgéniques, Tg/EMF = souris Tg exposées à un champ électromagnétique.
Commentaires
Il existe actuellement un débat assez vif sur l’effet induit par l’exposition chronique à un champ électromagnétique (CEM), telle qu’elle est réalisée lors de l’utilisation des téléphones portables. L’OMS a considéré qu’il n’existait pas d’effet délétère prouvé tant chez l’adulte que l’enfant lié à l’utilisation de ces téléphones, mais il existe très peu de données concernant les effets à long terme de l’exposition à un CEM. Le débat s’est beaucoup concentré sur l’effet tumorigène cérébral des CEM, et force est de constater que l’argumentaire de ceux qui craignent un effet délétère reste à ce jour scientifiquement faible chez l’adulte.
Ce travail est assez surprenant. Ses prérequis proviennent d’études épidémiologiques, montrant une corrélation entre la réduction de l’exposition à un champ magnétique et le risque de développer une MA.
En utilisant des paramètres électromagnétiques proches de ceux des téléphones portables, les auteurs ont montré que ceux-ci prévenaient la dégradation des fonctions mnésiques de modèles murins de MA mais aussi réduisaient la charge cérébrale en protéine Aβ. Ces résultats restent encore difficiles à transposer chez l’homme, car l’exposition des souris a débuté très précocement et a été poursuivie pendant une période équivalent quasiment à la vie entière. De surcroît le modèle murin de maladie d’Alzheimer est loin d’être parfait, puisque les souris ne développent pas de dégénérescences neurofibrillaires. Quoi qu’il en soit, voilà un argument pour ne pas se priver d’utiliser son téléphone portable. Doit-on s’en réjouir ?






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