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L’obésité et le surpoids chez l’adulte en France : l’enquête nationale ObÉpi-Roche 2009. Quelles conséquences ?

Par Jean-Pierre Sauvanet (Hôpital Saint-Louis, AP-HP, Paris)
D’après des communications présentées par Marie-Aline Charles (Inserm U-780) et Arnaud Basdevant (Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Paris), conférence de presse du 10 novembre 2009

L’enquête nationale ObÉpi-Roche sur la prévalence de l’obésité (indice de masse corporelle, IMC ≥ 30 kg/m2) et le surpoids (IMC 25,0-29,9 kg/m2) chez l’adulte en France métropolitaine, est une étude réalisée tous les 3 ans, depuis 1997, en partenariat avec TNS Healthcare SOFRES, selon une méthodologie constante utilisant un auto-questionnaire. L’enquête 2009, la 5ème édition, permet donc de comparer l’évolution de l’obésité et du surpoids et des facteurs de risque associés, en France, depuis 12 ans. L’enquête 2009 a porté sur 20 000 foyers, soit 25 286 adultes (≥ 18 ans) représentatifs de la population française vivant en ménage ordinaire, dont les questionnaires retournés ont pu être analysés.

Les principaux résultats
L’enquête montre que 31,9% des adultes (18 ans et plus) sont en surpoids et 14,5% sont obèses, une progression régulière depuis 1997 (29,8% et 8,5%, respectivement, en 1997), touchant toutes les catégories sociales et d’âge. En parallèle, la proportion d’adultes ayant un poids normal (selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé, IMC 18,5-24,9 kg/m2) ou une maigreur (IMC < 18,5 kg/m2) a diminué, passant de 57,5% à 53,6%, et de 4,2% à 3,6%, respectivement, entre 1997 et 2009.

En 12 ans, la progression relative de l’obésité est de +70 %, soit +5,9%/an en moyenne, avec une augmentation sensible de l’obésité sévère (IMC 35,0-39,9 kg/m2) et massive (IMC ≥ 40,0 kg/m2), passant de 1,5% à 3,9%. La progression du surpoids depuis 1997 est plus importante chez les femmes que chez les hommes (passant de 23,3% à 26,0%, et de 36,9% à 39,5%, respectivement), mais c’est surtout l’obésité qui progresse fortement chez les femmes (+81,9% en 12 ans, vs +57,9% chez les hommes), passant de 8,3% à 15,1% (chez les hommes, de 8,8% à 13,9%), avec chez les femmes, une progression plus rapide des obésité sévère et massive, alors que l’obésité modérée (IMC 30,0-34,9 kg/m2) demeure relativement stable. Appliqués à l’ensemble de la population, ces chiffres se traduisent par une progression de plus de 3 millions du nombre d’adultes en surpoids ou obèse, estimé atteindre 6 488 000 d’adultes en 2009 !
En 12 ans, le poids moyen a augmenté de 3,1 kg (72,0 kg en 2009) et la taille moyenne de 0,5 cm (168,5 cm en 2009). Le tour de taille moyen a également progressé entre 1997 et 2009, passant de 91,3 à 94,8 cm chez les hommes et de 79,8 à 85,5 cm chez les femmes. Il est au-delà du seuil considéré comme « à risque cardio-métabolique » (≥ 102 cm chez les hommes, ≥ 88 cm chez les femmes), selon les critères du NCEP-ATP III (National cholesterol education program-Adult treatement panel III) [1], chez 26,2% des hommes et 40,0% des femmes, là encore en très forte progression chez les femmes (24,8% des hommes et 24,6% des femmes, en 1997), et cette proportion augmente avec l’âge (touchant 53,6% des hommes et 40,4% des femmes de 65 ans et plus, en 2009).

Toutes les classes d’âge sont touchées par l’augmentation du surpoids et de l’obésité, mais plus particulièrement les plus jeunes et, contrairement aux idées reçues, également les plus de 65 ans (Figure 1). De même, toutes les tranches de revenu sont concernées, mais l’augmentation de l’obésité est plus importante dans la tranche des revenus les plus faibles, sa prévalence demeurant inversement proportionnelle au niveau d’instruction et au revenu du foyer (plus de 20% d’obèses parmi ceux dont le revenu mensuel du foyer est inférieur à 900 € vs moins de 10% lorsqu’il est supérieur à 3 800 €).
Les régions les plus touchées par l’obésité demeurent le Nord (passant de 13,5% à 20,5%), le bassin parisien (passant de 9,6% à 16,6%) et l’Est (passant de 9,3% à 17,0%), mais toutes les régions de France ont maintenant une prévalence de l’obésité > 10 %, traduisant l’importante augmentation de la prévalence de l’obésité sur le territoire métropolitain en 12 ans (Figure 2).

Une particularité de l’enquête 2009 est de s’être intéressée plus spécifiquement à la population âgée de plus de 65 ans (plus de 5 500 personnes interrogées). Il n’existe pas de surpoids pour 40,9% d’entre eux, ce qui est inférieur à la population générale adulte (≤ 65 ans) ; ils sont en surpoids pour 41,2% et obèse pour 17,9% d’entre eux (comparable chez les hommes et les femmes). Même si la prévalence de l’obésité diminue avec l’âge, elle demeure fortement présente ; ainsi, dans la tranche 70-74 ans, elle touche encore 20,3% des femmes et 18,8% des hommes (Figure 3).
Les conséquences métaboliques sont importantes : 18,4% de l’ensemble de la population interrogée déclare être traité pour une hypertension artérielle (dont 46,5% des 65 ans et plus), 15,3% pour une dyslipidémie (dont 36,6% des 65 ans et plus) et 3,6% pour un diabète (dont 12,8 % des 65 ans et plus ; type 1 : 0,6%, type 2 : 12,2%). Dans le groupe « obèse » de 18 ans et plus, ils sont 37,9%, 25,7% et 14,0%, respectivement, à déclarer un tel traitement.
Des analyses ont également été effectuées à partir de l’année de naissance, par tranches de 6 ans, afin d’évaluer l’évolution de la prévalence de l’obésité de 1997 à 2009, selon la génération. Hors les plus âgés (nés en 1931 ou avant), l’augmentation de l’obésité est parallèle quelle que soit la génération, mais elle survient de plus en plus tôt pour chaque tranche de génération. Ainsi, en retenant pour seuil l’obésité présente chez 10% de la population, ce seuil est atteint à un âge moyen de 49 ans pour la génération née en 1946-1951, de 34 ans pour celle née en 1966-1972 et de 32 ans pour celle née en 1973-1979 (Figure 4). De génération en génération, on devient donc obèse de plus en plus tôt ! Les estimations sont que ce seuil de 10% d’obésité sera atteint vers l’âge moyen de 30 ans pour la génération née à la fin des années 70.

Les limites de l’enquête
L’ensemble de ces données est vraisemblablement sous-estimé en raison du mode de recueil par auto-questionnaire, et donc basée sur des données rapportées, et non pas mesurées et validées. Cette sous-estimation semble de l’ordre de 2 à 3% en se référant à l’enquête ENNS (Étude nationale nutrition santé), réalisée en 2006-2007 par l’Institut national de Veille sanitaire (InVs) sur la base des caractéristiques mesurées d’un échantillon de 2 413 adultes (18-74 ans), représentatif de la population française, qui retrouvait une prévalence du surpoids de 49,3% (obésité incluse) et de l’obésité de 16,9% [2].
Une autre limite concerne la représentativité des répondants (69 % des questionnaires envoyés ont pu être analysés), avec par rapport aux non répondants, une surreprésentation des personnes âgées de plus de 55 ans et une sous-représentation des répondants ayant un niveau d’études primaire. Même si les résultats de l’enquête ont été redressés pour en tenir compte et rétablir la représentativité de la population générale, un biais peut subsister.

Commentaires
• L’augmentation de la prévalence de l’obésité parmi les générations les plus jeunes, indique que les effets des campagnes de prévention actuelles, telle que le Plan national nutrition santé (PNNS), ne pourront pas être observés avant 9 à 10 ans, et que par ailleurs, le fort accroissement du nombre de sujets obèses, nécessite d’ores et déjà, une réflexion sur les politiques et les moyens à mettre en place pour les accueillir et prendre en charge l’obésité et les co-morbidités associées.

• On sait, sur la base des études épidémiologiques conduites aux Etats-Unis, que l’augmentation de l’incidence de diabète de type 2 (DT2) diagnostiqués suit, avec un décalage de quatre ans, la croissance de l’obésité, facteur majeur de la progression de l’incidence du DT2 dans ce pays [3]. En France métropolitaine, la prévalence du DT2 dans la population générale est actuellement de plus de 4%, voire atteindrait 4,8%, selon les enquêtes [4, 5], en augmentation régulière (l’augmentation annuelle de la prévalence du DT2 connu et diagnostiqué était de 5,7% entre 2000 et 2005) [4, 5], avec une prévalence du diabète traité plus élevée dans les régions d’outre-mer ou elle atteint 6,1 à 7,8%, selon les régions [4]. Les projections pour 2016, établies en 2006 par l’InVs, font état d’une prévalence du diabète en France qui se situerait entre 3,8 %, soit 2 349 000 millions de personnes (hypothèse basse) et 4,6%, soit 2 867 000 personnes (hypothèse haute) [6]. Si 41% de l’augmentation de la prévalence serait imputable au vieillissement de la population, 47% des cas supplémentaires attendus entre 2006 et 2016 seraient directement imputables à l’accroissement de la fréquence de l’obésité [6]. Mais ces hypothèses ne prenaient pas en compte l’accroissement de la population en surpoids ou obèse observée par les enquêtes ObÉpi récentes, ni le rajeunissement de la population adulte atteignant le seuil d’obésité. Encore faut-il prendre en compte également l’augmentation du surpoids et de l’obésité observée chez les enfants et les adolescents vivant en France, même si celle-ci semble se stabiliser [7, 8]. Bref, des projections du nombre attendu de DT2 qu’il va certainement falloir considérer compte tenu du coût social et économique du DT2 et de ses complications chroniques [9, 10].
 

Figure 1. Prévalence de l’obésité (IMC ≥ 30 kg/m2) en fonction du sexe et de l’âge en France métropolitaine, enquête nationale ObÉpi-Roche 2009, population générale adulte (≥ 18 ans).


 

Figure 2. Évolution de la prévalence de l’obésité (IMC ≥ 30 kg/m2) entre 1997 et 2009 par groupes de régions, selon les enquêtes nationales ObÉpi-Roche, population générale adulte (≥ 18 ans).


 

Figure 3. Prévalence de l’obésité (IMC ≥ 30 kg/m2) en fonction du sexe et de l’âge de la population âgée de 65 ans et plus, enquête nationale ObÉpi-Roche 2009, France métropolitaine.


 

Figure 4. Évolution de l’obésité (IMC ≥ 30 kg/m2) depuis 1997 en fonction de l’année de naissance, enquête nationale ObÉpi-Roche, population générale adulte (≥ 18 ans).

Références :
1. Expert Panel on Detection, Evaluation and Treatment of High blood Cholesterol in Adults. Executive summary of the Third Report of the National Cholesterol Education Program (NCEP) Expert Panel on Detection, Evaluation, and Treatment of High Blood Cholesterol in Adults (Adult Treatment Panel III). JAMA 2001;285:2486-97.
Retrouvez l’abstract en ligne
2. Vernay M, Malon A, Oleko A, et al. Association of socioeconomic status with overall overweight and central obesity in men and women: the French Nutrition and Health Survey, 2006. BMC Public Health 2009;9:215.
Retrouvez l’abstract en ligne
3. Geiss LS, Pan L, Cadwell B, Gregg EW, Benjamin SM, Engelgau MM. Changes in incidence of diabetes in u.s. adults, 1997-2003. Am J Prev Med 2006;30:371-7.
Retrouvez l’abstract en ligne
4. Kusnik-Joinville O, Weill A, Ricordeau P, Allemand H. Diabète traité en France en 2007 : un taux de prévalence proche de 4 % et des disparités géographiques croissantes. Bull Épidémiol Hebdo (BEH) 2008;43:409-13.
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5. Bringer J, Fontaine P, Detournay B, Nachit-Ouinekh F, Brami G, Eschwège E. Prevalence of diagnosed type 2 diabetes mellitus in the French general population: the INSTANT study. Diabetes Metab 2009;35:25-31.
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6. Bonaldi C, Romon I, Fagot-Campagna A. Impacts du vieillissement de la population et de l’obésité sur l’évolution de la prévalence du diabète traité : situation de la France métropolitaine à l’horizon 2016. Bull Épidémiol Hebdo (BEH) 2006;10:69-71.
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7. Lioret S, Maire B, Volatier JL, Charles MA. Child overweight in France an its relationship with physical activity, sedentary behaviour and socioeconomic status. Eur J Clin Nutr 2007;61:509-16.
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8. Péneau S, Salanave B, Maillard-Teyssier L, et al. Prevalence of overweight in 6- to 15-year-old children in central/western France from 1996 to 2006: trends toward stabilization. Int J Obes 2009;33:401-7.
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9. Ricci P, Chantry M, Detournay B, et al; comité scientifique d’Entred. Coûts des soins remboursés par l’Assurance maladie aux personnes traités pour diabète : Études Entred 2001 et 2007. Bull Épidémiol Hebdo (BEH) 2009;42-43:464-9.
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10. Cnamts. Données sur la fréquence des ALD au 31 décembre 2008. www.ameli.fr

Date de publication : 26-01-2010
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