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Perspectives du régime hyposodé sur l’incidence des pathologies cardiovasculaires
Par Johanna Oziel (Pitié-Salpêtrière, Paris)
Article commenté :
Projected Effect of Dietary Salt Reductions on Future Cardiovascular Disease
Bibbins-Domingo K et al.
NEJM 2010,362 :590-9
Retrouvez l’abstract en ligne

Bien que les autorités de santé américaines aient recommandé une consommation quotidienne de sel de 5,8g dans la population tout venant et 3,7g chez les plus de 40 ans, hypertendus ou sujets de race noire, la réalité est tout autre : en effet, la consommation quotidienne de la population américaine est estimée à 10,4g de sel pour les hommes et 7,3g pour les femmes, et l’immense majorité du sel ingéré provient de la composition des produits industriels.
Cette étude s’intéresse aux bénéfices du régime hyposodé sur l’incidence des pathologies cardiovasculaires.

Les investigateurs de l’étude s’appuient sur un logiciel de simulation des coronaropathies utilisé en pratique courante pour évaluer l’incidence, la prévalence, la mortalité et les coûts liés aux cardiopathies ischémiques. Le risque de coronaropathie est lié à l’âge, au sexe et aux facteurs de risque bien connus (pression artérielle systolique, prise d’antihypertenseur, tabagisme, taux de LDL et HDL cholestérol, diabète). En complément de ce logiciel, on intègre une version en fonction de la population noire ou blanche. Enfin, le modèle a été modifié pour estimer l’incidence des AVC.

On estime, en se fiant aux méta-analyses, que la relation entre la réduction de la consommation sodée et la baisse de la pression artérielle est linéaire et que la réduction de la pression artérielle est d’autant plus importante chez les noirs, les hypertendus et les plus de 65 ans.

La réduction de 3g de sel par jour réduirait ainsi l’incidence annuelle de coronaropathies de 60 à 120 000, de l’AVC de 32 à 66 000, de l’infarctus du myocarde de 54 à 99 000 et la mortalité de 44 à 92 000. De plus, si on réduit encore de 1g la consommation de sel, on réduirait encore considérablement ces chiffres. Tous les adultes bénéficieraient du régime hyposodé et ceux qui en profiteraient le plus seraient les sujets noirs, notamment les femmes noires et de plus de 65 ans.
On constate également que les effets bénéfiques sont plus marqués chez les sujets les plus sensibles au sel.

Les effets espérés sur les AVC, les IDM et la mortalité seraient identiques à ceux attendus par la réduction du tabagisme, la perte de poids, la prise en charge du diabète et de l’HTA.

Les mesures ont aussi un autre intérêt : elles permettraient d’économiser 10 à 24 milliards de dollars aux services de santé américains en réduisant le nombre d’hospitalisations et les prescriptions de médicaments notamment d’antihypertenseurs (diminution de 16 à 24% de l’HTA féminine et de 22 à 34% chez les hommes, donc économie de 3 à 6 milliards de dollars annuels).

Cette étude s’intéresse aux conséquences d’une simple réduction des quantités de sodium ingérées quotidiennement aux Etats-Unis mais également dans tous les autres pays industrialisés : on observerait dans les années à venir une diminution considérable des accidents cardiovasculaires et de la mortalité probablement en réduisant la pression artérielle. Cette mesure très simple en théorie permettrait de réduire le coût des services de santé de plusieurs milliards de dollars. Alors que la mentalité tend à changer dans certains pays européens, le plus dur reste à faire : convaincre les industriels américains de commercialiser des produits en accord avec les recommandations des autorités de santé.
Date de publication : 09-03-2010
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