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La migraine du neurologue… ou faites ce que je dis, pas ce que je fais !
Par Christian Lucas (CHRU de Lille)
Article commenté :
Expert opinion: Migraine in neurologists and headache specialists
Brockmann N, Evers S
Headache 2010;50:138-140
Retrouvez l’abstract en ligne

On dispose de relativement peu d’études de la prévalence de la migraine chez les neurologues ou les spécialistes des céphalées. Néanmoins, les études réalisées (deux aux USA, une au Canada, une à Taiwan, une en Allemagne, une en Italie et une en Espagne) montrent clairement une prévalence nettement supérieure de la migraine chez les neurologues avec des chiffres oscillant entre 71% au maximum (Canada) et 27,6% au minimum (Taïwan) versus la population générale, quelque soit le pays…

En son temps, nous avions fait une enquête à l’issue des 1ères Journées de Neurologie de Langue Française, qui allait exactement dans le même sens. Les explications sont multiples : biais diagnostique (mais les études en population générale peuvent permettre de s’abstraire du fait que beaucoup de migraineux ignorent leur statut de migraineux), biais de « sélection » (parmi les spécialistes des céphalées 30% disent que le fait d’être migraineux les a orienté vers cette sur-spécialité), stress de notre métier - source de crises migraineuses (mais a priori pas plus qu’un autre médecin ?), association migraine-traits de personnalité (mais à notre connaissance, il y a autant de traits de personnalité que de neurologues et pas de « portrait type » du neurologue au plan psychologique).

Par ailleurs, la majorité des neurologues migraineux s’auto-médiquent… mal ! Ils conseillent à leurs patients les triptans en première ligne, mais prennent des AINS jusqu’à 80% des cas dans certains pays (il est vrai qu’avoir dans son dossier médical le fait d’être migraineux peut entraîner des surprimes d’assurances notamment en Allemagne : la traçabilité est simple avec les triptans, mais pas avec les AINS). Les neurologues migraineux prennent par ailleurs très rarement des traitements de fond médicamenteux, mais optent plutôt pour les approches non médicamenteuses (relaxation, sport, biofeedback…).

Aucune explication n’est véritablement satisfaisante pour expliquer la prévalence plus élevée de la migraine chez les neurologues... Quant à savoir si la migraine est un « facteur de risque » de devenir neurologue, il y a pire dans la vie !
Date de publication : 05-03-2010
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