Articles commentés :
Resistance training and executive functions.
Liu-Ambrose T, Nagamatsu LS, Graf P et al.
Arch Intern Med. 2010;170 (2):170-178
► Retrouvez l’abstract en ligne
Effects of Exercise Programs to Prevent Decline in Health-Related Quality of Life in Highly Deconditioned Institutionalized Elderly Persons. A Randomized Controlled Trial.
Dechamps A, Diolez, P., Thiaudière E. et al.
Arch Intern Med. 2010; 170(2):162-169
► Retrouvez l’abstract en ligne
Deux études de bonne méthodologie ont montré l’efficacité d’un programme de musculation chez des femmes âgées en bonne santé et d’ateliers moteurs de type Tai-chi chez des sujets plus âgés en EHPAD.
Etude N°1 : Liu-Ambrose T et al. Arch Intern Med. 2010;170 (2):170-178
Une étude de 12 mois, en simple aveugle randomisée, de l’université de la Colombie Britannique (Canada) a suivi pendant un an 155 femmes, âgées de 65 à 75 ans. Ces femmes devaient être « sans pathologie neuro-psychiatrique» à leur entrée dans l’étude : MMS =24 ou plus. Les critères de jugement de l’efficacité : le principal était le score au test de Stroop, auxquels s’ajoutaient les performances en mémoire de travail (digit span à l’endroit et à l’envers) et en flexibilité mentale (shifting, apprécié grâce aux TMT A et B). Une IRM évaluait le volume cérébral.
Les femmes, dont l’âge moyen était de 69,6±2,9 ans, étaient randomisées en trois groupes. Le premier devait faire de la musculation une fois par semaine (n=54). Le deuxième groupe pratiquait la musculation deux fois par semaine (n=52). Le dernier groupe suivait un entraînement centré sur l’équilibre et le tonus musculaire deux fois par semaine, ce groupe servant de groupe contrôle (n=49). Le score total de MMS moyen était dans tous les groupes de 28,6±1,3.
La musculation était un travail des jambes en résistance augmentant en force et durée de façon progressive jusqu’à un protocole de haute intensité.
Le programme contrôle était centré sur le stretching et la relaxation.
Les deux groupes pratiquant de la musculation se sont améliorés sur les résultats du test de Stroop. (fiche du GREFEX ici) Les capacités cognitives des femmes qui ont pratiqué la musculation deux fois par semaine ont augmenté de 12,6% en un an et de 10,9% si c’était une fois par semaine. Les femmes qui exécutaient des exercices de tonus et d’équilibre ont vu leur habileté cognitive diminuer un peu.
De façon inattendue et surprenante, le volume cérébral des deux groupes faisant de la musculation a diminué un peu mais de façon significative par rapport au groupe faisant du stretching. Cette donnée mériterait une confirmation sur un nombre plus important de sujets et avec un examen neuropsychologique complet. L’entraînement a aussi amélioré la condition physique des participantes.
La conclusion des auteurs : « Cela a des implications cliniques importantes parce que la déficience cognitive est un problème de santé majeur pour lequel il manque actuellement une thérapie pharmaceutique vraiment efficace et parce que la musculation n'est pas largement adoptée par des seniors ».
Etude N°2 : Dechamps A et al., Arch Intern Med. 2010; 170(2):162-169
Une équipe bordelaise a conduit cette étude randomisée, chez 165 patients en institution. Les auteurs ont sélectionné 270 personnes dans 3 maisons de retraite et une unité de long séjour. Les critères d’inclusion étaient larges : être en institution depuis au moins 6 mois, avoir 65 ans ou plus. Ils devaient pouvoir se lever seuls ou avec l’aide de quelqu’un et comprendre les consignes, on excluait les personnes ayant des troubles du « neuropsychiatriques »..
Les ateliers duraient 6 mois et comportaient de façon randomisée : soit pendant 6 mois du Tai-chi adapté (AT n=51), soit des exercices dits Action-Cognition (CA n=49), soit les soins courants (n=60).
Les ateliers Tai-chi étaient composés de groupes de 8 patients, 4 cours de 30 minutes par semaine pendant 6 mois. Les groupes AT étaient menés par des professeurs de Tai-chi formés au modèle du Tai-chi Yang pour personnes âgées, qui souligne les sensations corporelles, les changements de poids du corps de façon lente et sans force, mais en travaillant sur l’équilibre et le ressenti.
Les ateliers AC étaient animés par des professeurs d’activité physique durant de 30 à 45 minutes 2 fois par semaines pendant 6 mois. Ils commençaient par un échauffement de 10 minutes, consistant en des mouvements des MI et MS, les patients étant en cercle pour se voir. Ils devaient se passer une balle à différentes hauteurs. Les séances se terminaient par une série de respiration profonde et de relaxation.
Le critère principal d’évaluation était la qualité de vie liée à la santé (HRqol), les critères secondaires étaient le MMS, l’ADL, la GDS 15 items et des tests.
Résultats
Au départ : l’âge moyen était de 82,3±9,1 ans. Les groupes étaient hétérogènes et différents entre eux, en particulier leur diagnostic (maladie d’Alzheimer variant de17,6 à 35,00% selon les groupes (cf tableau 1) et leur niveau cognitif global (MMS) était meilleur dans le groupe Tai-chi. La GDS ne peut être utilisée en autoévaluation en dessous d’un MMS =20/30.
Cependant, après une prise en charge d’un an, ce que les auteurs appellent la qualité de vie semble améliorée, la dépression est réduite dans tous les groupes.
Le groupe contrôle a montré un déclin de ses aptitudes fonctionnelles en un an, en comparaison du groupe Tai-chi et Action cognition sans différence statistiquement significative.
Le groupe contrôle a eu aussi une aggravation significative de troubles du comportement selon le score au NPI, alors que cela ne s’est pas modifié dans les deux autres groupes.
Les auteurs concluent à une amélioration de patients très hétérogènes d’EHPAD par ces ateliers Tai-chi et AC.

Discussion
Enfin des preuves pour l’efficacité des ateliers thérapeutiques ! Cette étude doit être jugée comme une étude en monde réel où la population n’a pas été sélectionnée et n’était pas homogène.
Après une publication sur la musicothérapie, qui agissait sur la dépression, deux études cliniques ont montré sur des populations très différentes que la musculation, ou stimulation psychomotrice (de type Tai-chi) a un effet positif respectivement sur les fonctions exécutives et la vitesse du déclin de sujets âgés.
La première étude a une bonne méthodologie, mais l’atrophie cérébrale des deux groupes améliorés sur le plan exécutif pose beaucoup de questions.
La seconde étude devrait conduire à une confirmation de ces résultats dans une étude incluant des groupes plus homogènes et donc comparables au départ. On sait en effet que l’évolution de la MA et des autres démences n’est pas linéaire et de ce fait, il y a un biais possible.






Haut de page
© tous droits réservés