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Souffrir et se faire souffrir
Par Françoise Radat (CHU de Bordeaux)
Article commenté :
Self-harm behavior among chronic pain patients
Sansone RA, Sinclair JD, Wiederman MW
Prim Care Comp L Clin Psy, 2009 ; 11,6 :362
Retrouvez l’abstract en ligne

Il existe étonnamment peu d’études systématiques sur les comportements masochistes chez les douloureux chroniques. La plupart des travaux, jusqu'à présent, se sont focalisés sur les tentatives de suicides. Or, ici les auteurs ont eu l’idée de répertorier de façon large l’ensemble des comportements dommageables : non seulement les comportements d’automutilation, mais aussi les comportements au cours desquels le sujet s’inflige un risque de blessure ou une souffrance psychique.
Cent dix-sept patients douloureux chroniques ont été inclus, quelque soit l’origine de leur douleur, dont 73 femmes et 43 hommes qui ont répondu à un questionnaire listant les principaux comportements cibles. Quarante-huit pour cent des patients rapportaient au moins un comportement de ce type et plus intéressant encore 21% en rapportaient au moins cinq.
Les comportements les plus fréquents étaient l’abus d’alcool, la conduite dangereuse dans le but de prendre un risque, l’engagement dans des relations émotionnellement disqualifiantes, se torturer en ressassant des idées négatives à propos de soi. La plupart des comportements d’automutilation classique étant rapportés par 5 à 10% des patients.

Bien sûr, cette étude a beaucoup de défauts : petit échantillon, non issu de la population générale, utilisation d’un auto-questionnaire ; ce qui sous-évalue probablement la fréquence des comportements étudiés, trop large cadre sémantique concernant les comportements étudiés. Néanmoins, l’étude à l’intérêt de renvoyer à la fois sur le plan de la physiologie de la nociception aux CIDN : se faire mal pour avoir moins mal, mais aussi sur le plan de la psychopathologie à la notion de masochisme. La question du masochisme est peu abordée à propos des douloureux chroniques et l’on comprend bien le risque de se laisser aller à un renoncement thérapeutique si l’on va par là. Néanmoins, il s’agit d’une notion qui peut être éclairante chez certains patients résistant aux diverses tentatives de traitement et chez lesquels il faut savoir ne pas s’engager dans une dynamique d’éradication de la douleur trop technicisée.
Date de publication : 23-02-2010
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