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La lecture critique d’articles : réflexions
Par Catherine Thomas-Antérion (CHU de Saint-Etienne)

La mesure 32 du Plan Alzheimer concerne la lecture critique d’articles.
Beaucoup d’entre nous, travaillant notamment en CM2R ou en consultations de proximité, ont été (ou vont être) sollicités pour une formation à la LCA.

J’aimerais dans cette chronique que nous nous interrogions de « façon critique » quant à la lecture critique. Je n’ai pour seule légitimité d’être suspecte ni de ne pas lire, ni de ne pas écrire. Il semblerait que la communauté médicale des CM2R et apparentés lit et publie trop peu. Il serait intéressant de savoir si elle le fait plus ou moins que le reste de la communauté médicale et il me semble scientifiquement et sociologiquement manquer d’études sur ce point. En même temps, on en a assez d’être sondé ou interrogé sans cesse !

Avant même de parler de lecture d’articles, ne faudrait-il pas s’interroger sur les différents types de lecture possibles et les habitudes en général de lecture ? Un certain nombre de questions nous paraissent ainsi intéressantes, pour les avoir posées dans notre petite communauté :
- habitudes générales de lecture : quotidien, hebdomadaire, mensuel ;
- lecture d’ouvrages de sélection (type encyclopédie, Reader’s Digest) ;
- nombre de livres lus par an (hors le domaine médical) ;
- lecture de brèves d’actualité sur Internet ;
- lecture de sites de « grands » journaux français ou étrangers ;
- habitude de podcaster des émissions ;
- niveau d’anglais : parlé (en vacances ?), écrit, lu.

Concernant la lecture critique d’articles, si l’on postule que certains parmi nous ne lisent rien (!) ou pas les articles internationaux phares de la spécialité (comme certains ne suivent pas de très près les chefs d’œuvres contemporains du cinéma japonais ou coréen), il convient de lister toutes les sources d’information.

Nous l’avons là aussi fait avec notre groupe… :
- les articles internationaux (et lorsque c’est le cas, pour 90% des personnes : seulement l’abstract !) ;
- les articles écrits en français dans des revues à faible impact factor ou non indexées, ce qui légitime à notre avis non pas de les porter au pilori (« elles ne valent rien »), mais d’encourager les collègues à continuer à y écrire pour un bénéfice noble et identifiable par les guides de bonnes pratiques : « le service rendu » ;
- les résumés d’articles dont Bibliodémences est un fleuron (là encore on sait que très peu de lecteurs « commandent » à l’issue (c’est gratuit, il suffit d’un clic !) l’article dans son entier : un résumé avec commentaire (bien fait), c’est mieux que la lecture d’un abstract et le comité de sélection des articles a déjà fait le difficile travail de choix. Dans neuroScoop, nous essayons également de vous sélectionner les « infos à ne pas rater » ;
- les articles brefs sur Internet ou reçus par fax, ce qui doit encourager là encore leurs auteurs… (plus lus qu’un papier certes bien « payé » en point IF ou en points SIGAPS)… ;
- les revues des laboratoires.

De plus, si la LCA a pour but ultime de sensibiliser les médecins à l’Evidence Based Medecine (EBM), nous voulons souligner au milieu des cohortes et séries diverses, l’intérêt entier du cas clinique unique bien étudié qui fait avancer une question scientifique, et ce d’autant plus que notre mode d’exercice s’y prête particulièrement. Il est absolument nécessaire de continuer à en écrire y compris pour les publications brèves, vite accessibles, en français pour améliorer la pratique (similitude de cas, nouveau diagnostic à ne pas oublier, etc.).

Cette formation identifie les tâches et les difficultés. Pour les tâches : lire, comprendre, extraire l’information clé, apprécier la qualité, la pertinence, conclure. Comme nous venons de le voir, lire et comprendre : volontiers, mais en sériant des niveaux de lecture… Pour progresser et conclure, à partir d’une question dont on a extrait l’information clé, il peut convenir de chercher d’abord un article simple pour aller vers un plus fécond.
Pour les difficultés : la langue (sûrement pour parler ou écrire, pour lire, moins sûr vus les allers retours sur Internet dans plein d’autres domaines…), la qualité du support et la disponibilité (cela a bien changé grâce à des groupes comme Bibliodémences ou de nombreuses CM2R qui en faisant leur propre bibliographie l’adressent en pdf aux consultations de proximité et aux neurologues libéraux qui le souhaitent (cela marche très bien !), le temps (à quand la reconnaissance d’un tiers temps formation ?), les compétences méthodologiques.
Ce dernier point est sûrement le plus gros problème. Mais de nos jours… il y a de formidables outils de recherche quand on est coincé avec « un terme » et ne pourrait-on pas imaginer des « plateformes » où poser nos questions ?

Allez : bonnes lectures ! Comment les guider ? Par votre propre curiosité et la question du jour à laquelle vous voulez répondre. La motivation permet de dépasser bien des inhibitions linguistiques ou méthodologiques ! Mais la motivation est subjective est n’appartient pas à l’EBM.
Date de publication : 03-03-2010
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