Cancer et niveau de vie : des écarts sociaux dans l'incidence et le pronostic
Une analyse de la DREES met en évidence des écarts sociaux nets concernant l’incidence, le stade au diagnostic et le pronostic de quatre cancers (poumon, sein, prostate, côlon-rectum) en France, en lien avec les comportements de santé et l’accès au dépistage.
Dans un travail de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) à partir des bases Insee et SNDS sur 2013-2020, un gradient socioéconomique net apparaît pour le cancer du poumon.
Chez les hommes appartenant au décile le plus défavorisé, l’incidence est multipliée par 2,2 par rapport au décile le plus favorisé (1,7 chez les femmes). Le tabagisme est l’explication principale, plus fréquent dans les milieux modestes, associé à une diffusion moindre des messages de prévention et des connaissances.
Pour le cancer colorectal, la distribution suit une tendance comparable, avec une moindre amplitude. Les trois déciles les plus aisés présentent des taux d’incidence plus faibles, sans progression linéaire entre les groupes, suggérant une combinaison de facteurs liés aux modes de vie, aux expositions et aux modalités de dépistage.
Les cancers du sein et de la prostate présentent une distribution inverse. Pour le premier, le risque est supérieur d’environ 30% dans le décile de niveau de vie le plus élevé. Pour la prostate, l’incidence est environ 1,4 fois plus élevée chez les plus favorisées, associé à un recours plus fréquent au dosage du PSA, d’où plus de diagnostics précoces et la détection de lésions peu évolutives.
De plus, le pronostic global diffère selon le niveau socioéconomique. Les plus défavorisées présentent une augmentation de 70% du risque de cancers de mauvais pronostic et de 30% pour les formes intermédiaires, avec une diminution d’environ 40% des formes de bon pronostic. Le diagnostic intervient plus fréquemment à un stade avancé.
Pour les cancers invasifs, le risque d’évolution agressive est multiplié par 2,1 dans les populations les plus modestes. Lorsque la localisation est accessible au dépistage, la probabilité de découverte à un stade métastatique est 2,3 fois plus élevée chez les plus défavorisés.
Une différence qui s’atténue fortement pour les cancers sans dépistage organisé, ce qui oriente vers un rôle central des inégalités d’accès au dépistage et au suivi médical dans les écarts observés.
Référence :
Hadrien Le Mer, Diane Naouri, Romain Varnier. Incidence des cancers : les personnes modestes développent plus souvent des formes graves, diagnostiquées plus tardivement ÉTUDES ET RÉSULTATS | N° 1374 | 04/06/2026

