L'aspirine en prévention du cancer colorectal toujours en question
Il n'est toujours pas possible de trancher sur l’intérêt de l’aspirine en prévention du cancer colorectal. Une méta-analyse montre en particulier que les données, de certitude très faible à modérée, révèlent peu ou pas de bénéfice sur l'incidence du cancer colorectal au cours des 15 premières années. Et il existe des risques potentiels à prendre en compte. Ces travaux sont parus dans la revue Cochrane.
Le rôle de l'aspirine dans la prévention primaire du cancer colorectal demeure controversé. Une revue systématique actualisée ne permet toujours pas de lever les ambiguïtés.
Les auteurs ont inclus dix essais contrôlés randomisés réunissant 124.837 participants, et comparant l'aspirine à l'absence de traitement ou à un autre traitement pour la prévention du cancer colorectal en population générale.
L'aspirine à faible dose (75 à 100 mg par jour) était généralement utilisée, bien que trois études aient évalué des doses plus élevées. La plupart des études ont été menées en Europe et en Amérique du Nord. Une étude comportait des centres en Australie et deux études de grande envergure ont été menées au Japon.
Sept études ont rapporté des résultats à long terme. L’analyse indique que l'aspirine n'entraîne probablement pas, ou peu, de différence lors d'un suivi de 5 à 10 ans (HR 1,00, 0,81 à 1,24 ; 3 études, 26 702 participants ; niveau de preuve modéré) et de 10 à 15 ans (HR 0,95, 0,77 à 1,17 ; 2 études, 42 412 participants ; niveau de preuve modéré).
Elle pourrait légèrement réduire l'incidence du cancer colorectal lors d'un suivi de 15 ans ou plus mais le niveau de preuve était très faible (HR 0,78, 0,67 à 0,91 ; 3 études, 47.464 participants).
Concernant la mortalité par cancer colorectal, l'aspirine pourrait augmenter la mortalité lors d'un suivi de 5 à 10 ans et l’augmenter lors d'un suivi de 15 ans ou plus mais là encore le niveau de preuve était faible à très faible.
Concernant la sécurité, l'aspirine entraîne peu ou pas de différence globale en termes d'événements indésirables graves (RR 1,06, 0,84 à 1,34 ; 3 études, 16.442 participants ; niveau de preuve modéré), mais elle augmente le risque d'hémorragie extracrânienne grave (RR 1,59, niveau de preuve élevé) et probablement le risque d'accident vasculaire cérébral hémorragique (OR 1,40, niveau de preuve modéré).
Référence :
Zhaolun Cai et al.
Aspirin and other nonsteroidal anti‐inflammatory drugs (NSAIDs) for preventing colorectal cancer and colorectal adenoma in the general population
Cochrane Database of Systematic reviews, 26 February 2026
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