Souffrance psychique en lien avec le travail : état des lieux en France
Par le Dr Sophie Florence
Paris
Article commenté :
La prévalence de la souffrance psychique en lien avec le travail (SPLT) était plus de deux fois plus importante en 2019 par rapport à 2007. Elle est aussi deux fois plus importante chez les femmes. Une recherche menée par Santé Publique France a évalué la prévalence de cette souffrance et a identifié ses déterminants socioprofessionnels et les agents d’exposition professionnelle associés. Les résultats sont publiés dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire. Les liens entre travail et santé mentale sont complexes. Le travail peut avoir des effets bénéfiques sur la santé mentale des salariés en favorisant par exemple les interactions sociales et l’estime de soi, alors que le chômage peut l’impacter négativement notamment chez les hommes.
Mais, le travail peut également être à l’origine de souffrance psychique en fonction des conditions dans lesquelles il s’exerce. Bien que le nombre de reconnaissances en maladie professionnelle de troubles psychiques augmente régulièrement, il reste faible en l’absence de tableau de maladie professionnelle dédié.
Grâce aux données issues du Programme de surveillance des maladies à caractère professionnel (MCP), enquêtes transversales répétées reposant sur des médecins du travail volontaires et leurs équipes, les prévalences de la SPLT ont été calculées de 2013 à 2019 et les évolutions ont été estimées depuis 2007.
La prévalence de la SPLT était de 5,9% chez les femmes contre 2,7% chez les hommes en 2019. Ces prévalences doublaient sur la période 2007- 2019 chez les deux sexes. Les troubles anxieux et dépressifs mixtes étaient les affections psychiques les plus fréquemment signalées par les médecins du travail, suivis des troubles dépressifs. Dans les troubles dépressifs et anxieux, il s’agit principalement des problématiques « managériales et relationnelles », des « surcharges ou sous-charges de travail ressenties » et des «relations au travail et à la violence ».
L’âge, la catégorie socioprofessionnelle et le secteur d’activité étaient associés à la SPLT de façon robuste. Pour la catégorie socioprofessionnelle, un fort gradient social inversé était observé. Les cadres, professions intermédiaires et employés avaient plus de risque de survenue d’une SPLT que les ouvriers.
Cependant, d’après les remontées de terrain, par la durée limitée des visites médicales de santé au travail, les troubles psychiques pourraient être masqués par des pathologies somatiques chez les salariés exerçant des tâches physiques comme les ouvriers. Ces arguments iraient en faveur d’une possible sous-déclaration de la SPLT chez les catégories socioprofessionnelles les moins élevées
En conclusion, l’augmentation des prévalences de la SPLT associée à l’absence de tableau de maladie professionnelle dédié montrent l’importance de caractériser la SPLT. Les salariés dont le genre, les catégories socioprofessionnelles et les secteurs d’activité ressortent comme les plus à risque devraient être privilégiés dans la mise en œuvre de mesures préventives.
Référence:
Le Bihan-Benjamin C, Marchadier A, Audiger C, Khati I, Barré- Pierrel S.
Quel déploiement du Programme national de dépis- tage organisé du cancer du col de l’utérus en France en 2022
Bull Épidémiol Hebd. 2024;(5):82-91.
Retrouver l’article en ligne
Date de publication : 25 mars 2024

