Essais cliniques en oncologie : où sont passés les patients âgés ?
Comment faire en sorte que les personnes âgées comptent vraiment dans les essais cliniques ? Le groupe de travail de l’European Society for Medical Oncology / International Society of Geriatric Oncology s’est penché sur le sujet, pour une oncogériatrie plus inclusive.
Alors que près de 40% des nouveaux cas de cancer concerneront les 70 ans et plus d’ici à 2050, et que plus de 20% seront diagnostiqués chez les 80 ans et plus, les seniors restent les grands absents des essais cliniques.
Pour preuve, 1,5% des 7747 essais cliniques enregistrés entre 2008 et 2021 incluaient des patients de 60 ans et plus, sans même qu’il y ait de limite d’âge explicite dans les critères d’inclusion.
Pour que cela change - car le problème est à la fois éthique et scientifique, les standards de traitement étant établis sur des populations généralement plus jeunes et moins comorbides - deux sociétés savantes, ESMO et SIOG, publient des pistes concrètes pour pousser la société, les institutions sanitaires et les scientifiques à évoluer.
Fracture numérique, contraintes logistiques, âgisme, multimorbidités, fragilité, espérance de vie limitée et risque accru de toxicités sévères, mais également protocoles parfois complexes ou infrastructures peu adaptées… autant de barrières rarement franchies.
Parmi les leviers à actionner, les experts évoquent l’élargissement des critères d’éligibilité, avec l’inclusion de patients ayant un statut de performance ECOG 2 ou des comorbidités contrôlées ; l’intégration de l’évaluation gériatrique (Geriatric Assessment Management, G-CODE) ; l’adoption de designs innovants, avec des essais pragmatiques reflétant les conditions réelles de soins ainsi que des designs adaptatifs permettant des ajustements en cours d’étude ; la décentralisation des essais, en s’appuyant sur la télémédecine et les outils de monitoring à distance, tout en continuant de proposer des alternatives (questionnaires papier, entretiens téléphoniques) ; l’implication des aidants ; et enfin le financement et les incitations réglementaires (rallonges budgétaires aux centres recrutant des patients âgés, collecte systématique de données gériatriques imposée…).
Il faudrait également déterminer des endpoints composites ou coprimaires, combinant des mesures de tolérance, de qualité de vie et d’autonomie fonctionnelle - les critères d’évaluation traditionnels n’étant pas toujours pertinents - et intégrer les Patient-Reported Outcome Measures (PROMs).
Référence :
Baldini C, Mislang ARA, Cheung K-L et al.
The ESMO/SIOG Cancer in the Elderly Working Group pragmatic strategies for clinical trial designs and endpoints in older adults with cancer.
ESMO Open. 2026.
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