Bêtabloquants au long cours : un bénéfice questionné après un infarctus avec fraction d'éjection préservée
Par Mme Aude Rambaud
Saint-Germain-en-Laye
Article commenté :
Quelle est l’efficacité des bêtabloquants au long cours après un infarctus du myocarde chez les patients à fraction d’éjection préservée ? Ce traitement a pour but de réduire le risque de décès toutes causes et de nouvel infarctus mais une nouvelle étude parue dans The New England Journal of Medicine interroge cette pratique.La plupart des essais cliniques ont montré un bénéfice du traitement par bêtabloquant après un infarctus du myocarde, mais ils ont été menés à une époque antérieure au diagnostic basé sur des biomarqueurs et au traitement actuel par intervention coronarienne percutanée, agents antithrombotiques, haute dose de statines et antagonistes du système rénine-angiotensine-aldostérone.
Pour réévaluer cette utilisation, une équipe a mené un essai dans 45 centres en Suède, Estonie et Nouvelle-Zélande.
Des patients atteints d'un infarctus aigu du myocarde qui avaient subi une coronarographie et présentaient une fraction d'éjection ventriculaire gauche d'au moins 50% ont soit reçu soit un bêtabloquant au long cours (métoprolol ou bisoprolol), soit aucun traitement bêtabloquant. Le critère d'évaluation principal était un décès, quelle qu'en soit la cause, ou un nouvel infarctus du myocarde.
Entre 2017 et 2023, 5020 patients ont été recrutés avec un suivi médian de 3,5 ans (2,2 - 4,7). Un décès ou une récidive est survenu chez 7,9% des patients du groupe bêtabloquant et 8,3% dans le groupe sans bêtabloquant (RR 0,96 ; P = 0,64).
Le traitement par bêtabloquant ne semble par ailleurs pas avoir réduit l’incidence des critères d'évaluation secondaires (décès toutes causes confondues, décès d'origine cardiovasculaire, infarctus du myocarde, hospitalisation pour fibrillation auriculaire, et hospitalisation pour insuffisance cardiaque).
En ce qui concerne les paramètres de sécurité, des complications ont été observées de façon équivalente entre les deux groupes (hospitalisation pour troubles cardiaques, hypotension, syncope, hospitalisation pour asthme ou maladie pulmonaire obstructive chronique ou encore hospitalisation pour accident vasculaire cérébral).
En conclusion, le traitement bêtabloquant n'a pas entraîné de diminution du risque de décès, quelle qu'en soit la cause, comme critère d'évaluation principal composite, ou un nouvel infarctus du myocarde par rapport à l'absence d'utilisation.
Référence :
Troels Yndigegn et al.
Beta-Blockers after Myocardial Infarction and Preserved Ejection Fraction
N Engl J Med 2024;390:1372-1381
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Date de publication : 24 avril 2024

