Déclarations en pharmacovigilance des allergies médicamenteuses
Par le Dr Saïd Benahmed Maladies Respiratoires – INSERMU454 – IFR3, Hopital Arnaud de Villeneuve, CHU Montpellier, 34295 Montpellier - Montpellier , Pr Jean-Pierre Blayac (Pharmacologie Médicale et Toxicologie – Centre Regional de Pharmacovigilance du Languedoc Roussillon, Hôpital Lapeyronie, CHU Mo - Montpellier), Dr Pascal Demoly (Hôpital Arnaud de Villeneuve - Montpellier) et Dr Dominique Hillaire-Buys (Médecin biologiste - Pharmacologie Médicale et Toxicologie – Centre Regional de Pharmacovigilance du Languedoc Roussillon, Hôpital Lapeyronie, CHU Mo - Montpellier)
Sommaire
La pharmacovigilance, comment ça marche ?
Officiellement reconnue par l'arrêté du 2 décembre 1976, l'organisation et les attributions de la Pharmacovigilance en France ont été fixées par le décret du 30 juillet 1982.
Celle-ci est organisée en trois niveaux :
Il existe 31 CRPV dont la compétence territoriale est indiquée dans les pages blanches du dictionnaire Vidal.
Chaque médecin ou autre professionnel de santé (dentiste, sage-femme, pharmacien) a obligation légale de déclarer un effet indésirable grave ou inattendu d’un médicament, qu'il constate, au CRPV dont il depend. En dehors de toute déclaration, il peut contacter son CRPV pour toute information relative aux médicaments. Le cas échéant il peut également contacter la pharmacovigilance des laboratoires.
Pourquoi déclarer un effet indésirable ?
Un effet indésirable médicamenteux (ou adverse drug reaction des anglosaxons) se définit comme « tout effet nocif, inattendu et indésirable apparu après administration de médicament à l’homme dans les conditions normales d’utilisation dans un but prophylactique, thérapeutique ou de diagnostic ».
Ceci exclut par conséquent les absorptions intentionnelles ou non de doses élevées et les effets dus aux abus de médicaments (surdosages, toxicodépendances).
Si les médicaments peuvent causer de nombreuses réactions allergiques entraînant une morbidité et une mortalité non négligeable, il s'avère nécessaire d'établir le lien direct de causalité entre une manifestation et un médicament.
C'est ce que l'on appelle l'imputabilité médicamenteuse. L’imputabilité est définie par la relation probabiliste qui existe entre un médicament et un effet secondaire clinique, biologique ou autre survenant chez un patient donné.
L’hypothèse d’une manifestation iatrogènique est à considérer systématiquement pour toute réaction suspecte et pour tout médicament.
Ces observations d'effets indésirables doivent faire l'objet d'une étude complète, rigoureuse et objective pour être très vite déclarées au Centre Régional de Pharmacovigilance (CRPV) et mettre en place les mesures de prévention adéquates.
Ces centres sont à même d'élaborer des enquêtes afin d'aboutir, au besoin, à des décisions réglementaires sur l'utilisation du médicament incriminé.
Comment déclarer ?
Une fois le diagnostic suspecté, si la réaction est grave ou inattendue, conformément à l’article R5144-19 du décret n° 95-278 du 13 mars 1995 ces observations d'effets indésirables doivent être déclarées au Centre Régional de Pharmacovigilance .
Une réaction est dite grave lorsque elle est létale, ou susceptible de mettre la vie en danger, provoquer des séquelles ou encore de provoquer ou prolonger une hospitalisation. Une réaction est dite inattendue lorsqu’elle n'est pas répertoriée dans le dictionnaire Vidal.
Les différents algorithmes d’imputabilité
Le médecin de pharmacovigilance s'aide d'algorithmes d'imputabilité. De nombreuses méthodes d'aide à la décision ou algorithmes d'imputabilité des effets indésirables des médicaments ont été publiées dans le monde (méthode de Kramer [1], méthode de Naranjo [2], méthode de Jones [3], méthode de Begaud [4] notamment).
Aux Etats Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a mis au point un programme de surveillance des effets iatrogéniques des médicaments appelé : « Med Watch » [5].
Les algorithmes de pharmacovigilance, principalement basés sur l'interrogatoire, permettent rapidement d’evaluer le lien de causalité entre un événement indesirable et la prise d’un médicament.
En cas de suspicion d’effet indesirable des mesures de prévention individuelle et collective peuvent alors s’imposer.
En France une méthode est officiellement utilisée par tous les Centres Régionaux de Pharmacovigilance : il s'agit de « l'imputabilité des effets inattendus ou toxiques des médicaments » selon Bégaud, Evreux, Jouglard et Lagier, décrite en 1978 [6] et actualisée en 1985 [4].
Cette méthode d’imputation évalue l’ imputabilité intrinsèque, qui ne prend en compte que les informations disponibles dans le cas clinique évalué, et met en regard un score bibliographique correspondant à la notorièté de l’effet indesirable médicamenteux observé.
L'imputabilité intrinsèque est calculée indépendamment pour chaque médicament pris en co-prescription, sans être influencée par l’imputabilité des médicaments associés.
Ceci explique que dans certaines circonstances, plusieurs médicaments puissent avoir la même imputabilité de haut niveau avec cette méthode, alors qu'un seul est responsable de l'effet indésirable.
Elle est basée sur des critères chonologiques et sémiologiques.
1- Les critères chronologiques :
Une première table de décision (Annexe 1) combine quatre critères chronologiques pour obtenir un score intermédiaire.
2- Les critères sémiologiques :
Les trois critères sémiologiques conduisent, une fois combinés, à un autre tableau de décision de l’imputabilité intrinsèque (Annexe 2) donnant un résultat intermédiaire sémiologique.
L'imputabilité intrinsèque résulte du croisement des scores chronologiques (C) et sémiologiques (S) (Annexe 3).
Le résultat varie entre I0=« exclue », I1=« douteuse », I2=« plausible », I3=« vraisemblable » et I4=« très vraisemblable ».
Il est indispensable de préciser ici que cette imputabilité est établie indépendamment pour chaque médicament pris par le malade.
Le score bibliographique fait référence aux publications de la littérature (Vidal, Martindale, Meyler’s side effects of drugs, Side effects of drugs). Il n’influe pas sur la décision finale d’éviction ou d’exclusion de la responsabilité du médicament.
Il est indépendant de l'imputabilité intrinsèque. Ce score consiste en une cotation à quatre degrés :
Date de publication : 19 novembre 2002

