Anorexie mentale : nouvelle piste thérapeutique
Par le Dr Sophie Florence
Paris
Article commenté :
Une équipe de chercheuses et de chercheurs de Sorbonne Université, de l’Inserm, du CNRS et de l’université McGill (Montréal, Canada), a identifié un dysfonctionnement neurobiologique pouvant conduire à l’anorexie chez un rongeur, ouvrant la voie à un traitement potentiel de cette maladie. En attendant la confirmation chez l’homme, les résultats sont publiés dans la revue Nature Communications.Malgré son taux de mortalité très élevé, les bases neurobiologiques de l’anorexie mentale sont encore incomprises, ce qui explique qu’il n’existe pas encore de traitement pharmacologique efficace.
Les auteurs ont utilisé un modèle génétique de souris exprimant une mutation précédemment identifiée chez des patientes et patients humains souffrant de troubles psychiatriques graves (troubles de l’alimentation et addiction). L’objectif était de comprendre les mécanismes neurobiologiques sous-jacents à l’anorexie.
Ils ont identifié un déficit d’acétylcholine, un neurotransmetteur, dans le striatum dorsal des souris exprimant cette mutation. Celles-ci développaient également une tendance excessive à former des habitudes. Cela se traduit par une réduction drastique de leur consommation alimentaire avec un modèle comportemental d’anorexie utilisé chez les rongeurs, appelé « anorexie basée sur l’activité » (ABA). Les souris ont été traitées avec un stimulateur d’acétylcholine bien connu, le donépézil (Aricept).
La stimulation par le donépézil permet de bloquer la dégradation de l’acétylcholine, ce qui augmente donc les taux d’acétylcholine dans le cerveau et dans le corps. Grâce à ce traitement, les souris ne développaient plus de comportements similaires à l’anorexie dans le modèle ABA.
Une étude indépendante a été conduite pour évaluer l’efficacité du donépézil dans l’anorexie mentale. Parmi 10 patientes et patients, trois d’entre eux ont montré une rémission complète, tandis que les sept autres ont vu une amélioration marquée de leur état. Des essais cliniques contre placebo vont être menés en 2024 à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, à l’université de Denver et à l’université Columbia de New York.
Référence :
Favier M, Martin Garcia E, Icick R et al.
The human VGLUT3-pT8I mutation elicits uneven striatal DA signaling, food or drug maladaptive consumption in male mice.
Nat Commun 15, 5691 (2024).
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Date de publication : 22 juillet 2024

