Mieux comprendre le sommeil
Par le Dr Sophie Florence
Paris
Article commenté :
Le sommeil n’est pas un état qui nous isole parfaitement de notre environnement : nous sommes capables, tout en dormant, d’entendre et comprendre des mots. Des chercheurs et chercheuses de l’Inserm, du CNRS, de Sorbonne Université et de l’AP-HP à l’Institut du Cerveau et le Service des pathologies du sommeil de l’Hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP à Paris, remettent en question la définition même du sommeil et des critères cliniques grace à une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Neuroscience.Le sommeil est généralement défini comme une période durant laquelle le corps et l’esprit sont en repos, comme déconnectés du monde. Pourtant, la frontière entre veille et sommeil semble bien plus poreuse qu’il n’y parait.
Les chercheurs ont recruté 22 personnes sans troubles du sommeil et 27 patients narcoleptiques — c’est-à-dire victimes d’épisodes d’endormissement irrépressibles. Ils ont été invités à faire une sieste, enregistrée par polysomnographie, durant laquelle un test dit de « décision lexicale » (au cours duquel une voix humaine énonçait une série de vrais mots et de mots inventés) et devaient y réagir en souriant ou en fronçant les sourcils, pour les classer dans l’une ou l’autre de ces catégories.
Ils ont révélé que des dormeurs sans troubles particuliers sont capables de capter des informations verbales transmises par une voix humaine, et d’y répondre par des contractions des muscles du visage. Or, cette capacité étonnante se manifeste de manière intermittente durant presque tous les stades du sommeil — comme si des fenêtres de connexion avec le monde extérieur s’ouvraient temporairement à cette occasion. Les auteurs concluent que ces nouvelles données pourraient contribuer à réviser la définition du sommeil, un état finalement très actif, peut-être plus conscient que nous le pensons, et ouvert au monde et aux autres.
Référence :
Türker B. et al.
Behavioral and brain responses to verbal stimuli reveal transient periods of cognitive integration of the external world during sleep.
Nature Neuroscience (2023).
DOI: 10.1038/s41593-023-01449-7.
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Date de publication : 16 octobre 2023

