Régime alimentaire plutôt que médicaments pour le syndrome de l'intestin irritable ?
Par Mme Céline Lefebvre
Paris
Article commenté :
Conseils diététiques et traitements médicamenteux sont délivrés aux patients souffrant du syndrome de l'intestin irritable (SII). Aucune étude n'avait encore comparé l'efficacité du traitement diététique avec celui pharmacologique ciblant le symptôme prédominant du SII. Un centre suédois l’a fait, et selon ses résultats, un régime alimentaire se révèle plus bénéfique que la prise de médicaments.294 patients atteints d’un SII modéré à sévère (Rome IV ; score de sévérité du SII [IBS-SSS] ≥175 ; âge moyen 38 ans ; 82% de femmes ) ont été randomisés (simple aveugle) en 3 groupes : le premier a été soumis à un régime alimentaire (très) pauvre en oligosaccharides fermentescibles, disaccharides, monosaccharides et polyols (FODMAPs) pendant un mois, le second un régime pauvre en glucides mais enrichi en protéines, graisses et fibres, et le troisième a juste reçu un traitement médicamenteux adapté aux symptômes prédominants (antidiarrhéiques, antispasmodiques, laxatifs).
Les résultats à 4 semaines ont montré que les deux premiers groupes ont bénéficié d'une réduction de la sévérité de leurs symptômes de plus de 70%, tandis que ce chiffre était de 58% pour le groupe traité par médicaments.
Précisément, 76% des participants du groupe FODMAPs, 71% du groupe pauvre en glucides, et 58% du groupe recevant un traitement médical ont présenté une réduction de 50 ou plus dans l'IBS-SSS, avec une différence significative entre les groupes (p=0,023).
Par conséquent, deux interventions diététiques de 4 semaines et un traitement médical optimisé ont réduit la sévérité des symptômes du SII, avec une plus grande taille d'effet dans les groupes de régime.
Qu’en déduire ? Pour les patients dont les symptômes restent gênants malgré l'adoption d'habitudes saines (alimentation équilibrée, réduction de l’alcool et du café, activité physique), un régime devrait être la première option à envisager.
Néanmoins, un régime pauvre en FODMAPs doit être supervisé par un diététicien, car il est complexe et expose à des risques si suivi sur le long terme (celui de l’étude était fixé à 3g de FODMAPs, ce qui est très bas). Par conséquent, après 6 semaines de ce régime strict, la réintroduction progressive des aliments permet d'identifier ceux qui sont bien tolérés et ceux qui ne le sont pas.
Référence :
Nybacka S, Törnblom H, Josefsson A et al.
A low FODMAP diet plus traditional dietary advice versus a low-carbohydrate diet versus pharmacological treatment in irritable bowel syndrome (CARBIS): a single-centre, single-blind, randomised controlled trial.
Lancet Gastroenterol Hepatol. 2024 Apr 18:S2468-1253(24)00045-1.
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Date de publication : 14 mai 2024

